Enquêtes policières au Moyen-Age (2003-2004) publié le 23/09/2009

Une soupe trop assaisonnée
Six heures. Le jour se levait sur la campagne vendéenne. Les oiseaux sifflotaient dans l’air matinal. Dans la pénombre de l’abbaye de Nieul sur l’Autize, des ombres déambulaient silencieusement. C’étaient les moines qui se rendaient en groupe à la salle du chapitre.

L’abbé parla :
« Asseyez-vous ! Un vase a été cassé. Il avait une grande valeur : Il était magnifiquement décoré et nous avait été offert par le seigneur de Vouvant lors de son dernier passage à l’abbaye. On l’a trouvé au pied de l’autel dans l’église. Je souhaiterais connaître le responsable de cette acte de malveillance. »
Un grand silence planait dans la salle. Frère Wirardus prit la parole :
« J’ai vu frère Umbert renverser le vase et s’éclipser vite fait après !
 Quoi ? Mais...
 On ne t’as pas donné la parole, frère Umbert. Ton jugement est grave, frère Wirardus, as- tu des preuves ?
 Oui : J’ai trouvé étrange que Umbert soit allé dans l’église en dehors de l’heure des offices. Alors je l’ai suivi par curiosité et là je l’ai vu casser le vase mais je ne sais pourquoi. »

L’abbé prit la parole :
« Cela me semble suffisant. Qu’as tu à dire pour ta défense frère jardinier ?
 Ce n’est pas moi ! cria Umbert.
 Allons, nous connaissons tous ici ta maladresse alors avoue tout de suite et il te sera beaucoup pardonné.
- Ce n’est pas moi, mais combien de fois faudra-t-il vous le dire !
-Tes preuves ne sont pas suffisantes donc tu es privé de salle du chapitre jusqu’à nouvel ordre. Vous pouvez disposer ! »

Le lendemain matin, la pluie tombait. Les oiseaux restaient muets et cachés sous les feuilles. Tous les moines étaient partis à Primes. Tous sauf un...
« Debout paresseux ! » cria Pierre.
Mais le chanoine ne paraissait pas entendre. Le moine lui prit la main. Celle-ci était complètement froide. De la bave sèche était restée collée sur ses lèvres et son menton. Le chanoine s’aperçut que l’homme ne respirait plus : il était mort.

« Frère Abbé ! cria l’hôtelier.
 Qu’est-ce-qui t’arrive d’enfreindre la loi du silence ? lui répondit l’abbé.
 Dans le dortoir, il y a ...
 Quoi ? Dis vite !
 Un... un cadavre ! C’est frère Wirardus, notre frère cellérier. »

Ils montèrent dans la salle, et examinèrent la victime.
« Il n’y a pas d’hématome, pas de trace d’étranglement et pas de coup de couteau, dit l’abbé
 La bave de la bouche provient sûrement d’une maladie.
 Nous allons entamer l’enquête. Je serai le détective ! »
Il parcourut toute l’abbaye à la recherche d’indices pour résoudre cette étonnante énigme.

De loin il aperçut une silhouette fantomatique qui filait vers le dortoir, mais il n’y prêta pas attention. Ensuite, il se dirigea vers le réfectoire, la chaufferie,le cloître, l’église mais n’ayant trouvé aucun détail intéressant, l’abbé se rappela qu’il n’avait pas fouillé dans le dortoir. Il se mit à l’œuvre, il mit tous les lits en désordre et telle fut sa surprise lorsqu’il vit des morceaux de fleurs roses sous le lit de l’hôtelier. Il les prit et alla voir l’infirmier. Celui-ci le regarda et dit :
« Ce sont des fleurs de digitale. »

L’abbé, aussi surpris que l’infirmier, réunit tous les moines dans la salle du chapitre.
« Je vous ai réuni car un meurtre vient d’être commis. Je laisse une dernière chance au

coupable même si j’ai déjà une idée, du moins, je le crois. Si celui-ci se dénonce maintenant, je réduirai le châtiment. Alors ? »...
Personne ne répondit.
« Je suis donc obligé de dénoncer le coupable. C’est l’hôtelier. » annonça-t-il en le regardant dans les yeux.
« Ce n’est pas moi !!! Réagit l’hôtelier
 Ne mens pas ! Répondit l’abbé furieux, tu es en train de commettre un péché grave.
 Je le sais bien qu’il ne faut pas mentir, c’est pour ça que je ne mens pas ! Répondit l’hôtelier terrorisé.
 Assez de bavardages, dit l’abbé, nous te jugerons demain à la salle du chapitre.
La séance est levée ! »
Les moines retournèrent à leur activité journalière.doc119|right>

Ce soir là, la lune brillait de tous ses feux sur l’abbaye. Le moine hôtelier se dit :
« Ma vie paisible se terminera-t-elle demain ? »

Le lendemain, à l’heure du jugement de l’hôtelier, la salle du chapitre était comble.
L’abbé prit la parole :
« Frère Pierre tu sais pourquoi tu es là ; Nous allons te juger pour le meurtre de Wirardus.
 Je n’ai jamais touché à un seul de ses cheveux.
L’infirmier arriva en courant dans la salle du chapitre et s’excusa d’être en retard Il dit :
« Attendez ce n’est pas l’hôtelier, j’ai regardé dans le bol de frère Wirardus et j’ai trouvé des traces de digitale sur le rebord de son bol »
L’abbé reprit :
« Cela ne prouve pas son innocence. Frère Pierre sera obligé de subir une grave sanction »
L’infirmier répliqua :
« Non, ce n’est pas l’hôtelier car il ne sait pas confectionner les poisons, ce n’est que les frères jardiniers qui savent le faire.

Frère Umbert dit :
« Ma croyance en dieu ne me permet pas de mentir... J’ai des choses à vous avouer : j’étais jaloux de frère Wirardus, je voulais me venger mais mon intention n’était pas de le tuer. »
L’abbé lui coupa la parole :
« Pourquoi voulais-tu te venger ?
 Parce qu’il n’était jamais sanctionné et c’était moi qui était accusé à sa place, par exemple quand il a cassé le vase, répondit Umbert. Mais je n’ai pas agi seul : il y avait aussi frère Cyprien. »
Alors, frère Cyprien arriva au centre de la salle :
« Oui j’ai aidé Umbert à tuer Wirardus en mettant dans sa soupe de midi des fleurs de digitale ; J’ en avais vraiment assez de Wirardus. »
L’abbé hurla aux deux coupables :
« Vous allez être excommuniés et envoyés dans le château du Seigneur de Vouvant, dans les cachots pour la fin de votre vie ! »

Deux jours plus tard, on enterra Wirardus et il eut droit à tous les égards.
La vie reprit ses droits à l’abbaye de Nieul, vie rythmée par le chant des oiseaux dans l’air matinal, et les ombres silencieuses se rendant en groupes à la salle du chapitre.

Flora Chauveau