Qui était Paul Guérin ?

C’est le 23 juin 1980 qu’un avis favorable du Conseil municipal de la ville de Niort entérina le choix émis par le conseil d’établissement : le lycée technique d’Etat porterait désormais le nom de « Paul Guérin ». Il avait ouvert en tant que collège technique à la rentrée de 1958.

Mais qui était Paul Guérin ?
Une figure éminente de la promotion de l’enseignement technique en France, des années 1930 aux années 1970.
 

• Une enfance poitevine, une ascension scolaire et universitaire exceptionnelle (1906-1945)

Il est né le 23 novembre 1906 à Airvault (Deux-Sèvres) dans une famille d’artisans. Après une scolarité primaire brillante, Paul Guérin entre à l’Ecole normale d’instituteurs de Parthenay en 1922. Il eut, là, un professeur de Lettres qui le guida plus tard dans son orientation professionnelle, Roger Thabault (dont les historiens connaissent la grande monographie sur Mazières-en-Gâtine). En 1926 le tout jeune instituteur, poussé par ses maîtres, décide de poursuivre ses études en préparant le concours d’entrée dans deux Ecoles Normales Supérieures, celle de St-Cloud et celle de l’Enseignement technique. En 1929, admissible dans les deux, il choisit l’ENSET où il fut marqué par l’enseignement littéraire et humaniste de Jean Guéhenno. Il sort major de sa promotion en 1931 et devient professeur de Lettres – Histoire et Géographie. Après son service militaire sa carrière commence en Normandie et en Ile-de-France, avant d’être interrompue par la guerre. Mobilisé en septembre 39 comme lieutenant d’infanterie, il échappe à la captivité et reprend, un temps, ses fonctions avant d’être remarqué pour ses talents d’organisateur par la Direction de l’enseignement technique. C’est ainsi qu’en 1942 il est nommé directeur du collège technique de Niort, alors situé au coeur de la vieille ville, rue St-Gelais.

• Un haut fonctionnaire au service de l’enseignement technique au Maroc (1945-1957)

C’est Roger Thabault, devenu Directeur de l’Instruction publique dans le Protectorat français, qui l’appela auprès de lui comme directeur de l’enseignement technique. Pendant une décennie leur étroite collaboration opère des réalisations spectaculaires : initiant des sections techniques dans les lycées, créant des centres d’apprentissage, des écoles d’horticulture, oeuvrant pour permettre l’accès des jeunes filles à l’enseignement technique... Sa réputation est telle, qu’après l’indépendance en 1955, le jeune Etat marocain lui demande de rester deux années encore. Il revient alors en France avec son épouse, elle-même institutrice, et leurs trois enfants.

• A la tête du prestigieux CNAM (1957-1974)

Il en fut d’abord le directeur adjoint de 1957 à 1965 avant d’en être porté à la direction, jusqu’à son décès. Fondé en octobre 1794 et installé à Paris dans les bâtiments de l’ancien prieuré St-Martin-des-Champs, le Conservatoire national des arts et métiers procède de la conjonction de deux ambitions révolutionnaires : établir l’inventaire du matériel scientifique et technique de la Nation et encourager les inventions et les perfectionnements techniques.

Paul Guérin, au coeur des « Trente Glorieuses », va y poursuivre une action entamée par son prédécesseur, Louis Ragey : en faire un « grand établissement » d’enseignement supérieur dédié à la formation «  tout au long de la vie ».

S’il fallait en retenir quelques aspects : le développement de centres associés, en province et dans les dom-tom ; la création d’un institut d’informatique ;la synergie entre le CNAM et l’Ecole des Mines et l’Ecole Centrale dans le domaine de la formation des ingénieurs en matériaux industriels ; l’apparition de cours retransmis à la télévision...

Doté d’une capacité de travail remarquable, profondément humain, celui dont les collaborateurs ont pu dire qu’il avait géré le CNAM comme « un paysan poitevin », soulignant ainsi sa rigueur et son esprit de justice, est décédé à son poste le 12 novembre 1974. Paul Guérin avait été nommé Inspecteur général de l’Instruction publique en 1965. Il était officier de la Légion d’honneur, commandeur des Palmes académiques.

Notre établissement, dans lequel se déroulent trois cursus de l’enseignement secondaire – lycée général et technologique, lycée professionnel – est fier d’être placé sous cette personnalité éponyme.

C.Morillon (d’après les articles de : Aimé Paquereau (manuscrit, 2004) ; Roger Thabault (in bull. de l’amicale des anciens de l’EN de Parthenay, 1974) ; Jean-Jacques Thiercelin (in bull. du centre d’histoire des techniques du CNAM, 1984). Février 2008


Imprimer

Liens incontournables