Les 3e en Pologne – jour 3 publié le 15/03/2026  - mis à jour le 25/03/2026

Mercredi 11 mars. Après un transfert en bus, nous retrouvons Dorota devant les wagons de déportés à l’extérieur du camp de Birkenau, là où les premiers prisonniers descendaient. Nous recevons chacun une rose blanche à déposer dans le camp à l’endroit où nous souhaitons, à l’endroit qui nous marque.
Nous empruntons ensuite le chemin que faisaient les déportés pour rejoindre l’entrée principale du KL Auschwitz II - Birkenau avant la construction de la Neue Rampe en mai 44. Sous le soleil et la chaleur de mars, il est un peu difficile de se rendre compte de la peur, de la fatigue qu’ont éprouvé les déportés dans ce cimetière industriel. Dorota nous emmène dans les premiers baraquements, les sanitaires, les chambres où s’entassaient les prisonniers sur les châlits, où on pouvait mourir asphyxiés à dormir trop près du poêle... elle raconte, elle raconte l’horreur : les conditions terribles, la folie concentrationnaire ; elle raconte aussi l’espoir, notamment avec l’histoire d’August et de son évasion.
La visite se poursuit, les cheminées que l’on aperçoit sont le dernier témoin des baraquements disparus, brûlés par les 7000 prisonniers qui n’ont pu être évacués lors des marches de la mort. Nous arrivons à la Neue Rampe, construite au printemps 1942 pour les sélections. Nous sommes au carrefour : pour quelques uns, l’entrée dans le camp, la possibilité de survivre quelques heures, quelques jours, quelques semaines. Pour la majorité, la sélection est impitoyable : 90% des déportés iront en direction des chambres à gaz. Les chiffres, pourtant connus, n’en restent pas moins marquants : plus d’un million de juifs, 75 000 Polonais, 21000 Roms, 14000 prisonniers de guerre soviétiques, et tant d’autres venus de toute l’Europe.
Sur le chemin, Dorota multiplie les anecdotes. Elle nous parle du champion de natation Alfred Nakache, 4e aux JO de Berlin et sous le surnom de « nageur d’Auschwitz », où il a été déporté. Reconnu par un SS, il devra sauter dans une eau saumâtre avec les mains liées dans le dos pour récupérer un poignard que lui lance le tortionnaire. Il réussira. L’histoire de Dorotha s’achève sur les deux papiers que recevra le champion à sa libération : celui confirmant la mort de sa fille, celui révélant le nom de son coéquipier qui l’a dénoncé.
Les roses sont déposées. Une à une.
Nous arrivons vers le fond du camp, sur les 25 hectares (sur 175 de Birkenau) où s’est concentrée l’entreprise de mort. Dorota nous arrête et continue de dérouler l’histoire. Elle nous parle de Mala et Edek, les « Roméo et Juliette » d’Auschwitz et de leur folle évasion. Elle raconte encore : le Sauna, les chambres à gaz, les Sonderkommandos et les quatre photos prises et transmises par les Résistants, la fosse commune où sont ensevelis les centaines de prisonniers qui périrent avant l’arrivée de l’Armée Rouge ou juste après la libération, les ruines de la chambre à gaz et du crématoire III, le Monument international aux Victimes du Camp. Même les lacs, même les rivières environnantes sont emplis de mort, puisque les cendres des condamnés y étaient versées. La visite s’achève au Sauna, l’endroit où on douchait et tondait les déportés : là sont exposées les photographies de Juifs déportés à Auschwitz retrouvées à la libération sur le site du camp.

L’après-midi, nous sommes tout d’abord allés admirer les quatre toiles de Gerhard Richter exposées juste à côté du centre. L’artiste, particulièrement touché par les quatre photos prises par la résistance, a créé le « cycle Birkenau ». Briefés par l’artiste Jean-Luc Renaud avant de partir et encore emplis de ce qu’ils avaient vu et entendu le matin, nos 3e ont laissé libre cours à leurs ressentis et à leurs émotions.
Ensuite, la découverte de l’œuvre de Marian Kolodziej a clôturé cette journée consacrée à Birkenau. Artiste déporté, Kolodziej a attendu la fin de sa vie et une terrible maladie pour sortir de sa mémoire l’enfer vécu dans les camps. Ses tableaux, foisonnants, terrifiants, témoignent de l’horreur vécue : Kapos sous forme de monstres pervertis, prisonniers faméliques au regard poignant, enfer quotidien des camps,... la vision cauchemardesque et talentueuse de l’auteur -entre Brueghel l’Ancien, Dürer et Dante - nous a marqués.

Il fallait bien décompresser après cette journée forte. Nos élèves ont profité du city stade en nocturne pour évacuer les tensions. De belles actions, mais nous avons perdu face à un groupe d’Allemands. Remettre de la vie et de la joie a fait du bien.

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