Commémoration de la Première Guerre mondiale publié le 17/11/2025
Ce 11 novembre, plusieurs élèves de 3e ont pris part à la cérémonie de commémoration de l’Armistice pour faire vivre le devoir de mémoire. Parmi eux, Solène (3C) a représenté fièrement le collège en tant que porte-drapeau.
D’autres élèves volontaires ont choisi de proposer une lecture en lien avec le 110e anniversaire de l’année 1915, dont voici le texte :
Je t’écris depuis les tranchées, quelque part entre la boue, le froid et le vacarme. L’année 1915 restera gravée dans nos mémoires comme une année de contrastes : entre l’espoir fugace et l’horreur absolue.
Je me souviens pourtant d’une nuit où tout semblait encore possible : Noël 1914.Ce soir-là, un chant a traversé le no man’s land. Une voix allemande, fragile et claire. Une autre lui a répondu depuis nos lignes. Et bientôt, des silhouettes sont sorties de la boue, prudemment, comme si nous avions peur de réveiller la guerre. Nous nous sommes parlé, nous avons échangé du pain, du tabac et même un ballon de fortune. Pendant quelques heures, nous n’étions plus ennemis : nous étions simplement des hommes. L’humanité, ce soir-là, avait triomphé de la folie des hommes.
Puis 1915 est arrivé, et tout est devenu plus sombre.
Cette année-là, la guerre a changé d’âme. Elle s’est enlisée. Elle s’est installée. Nous avons creusé des tranchées toujours plus profondes, qui s’étiraient sur des centaines de kilomètres, comme une cicatrice géante qui déchirait l’Europe. Nous avons compris que nous n’étions plus dans une guerre de mouvement, mais dans une guerre d’usure, une guerre où l’on attend, où l’on endure, où chaque jour ressemble au précédent. En Artois, en Champagne, les offensives se succèdent, longues, meurtrières, sans fin. On se battait pour quelques mètres de terre, comme si chaque centimètre contenait un morceau de France. Le sol tremble sans arrêt. Parfois, il semble vibrer du souvenir de ceux qui sont tombés.
Et puis sont arrivés les gaz asphyxiants. Une brume jaune et silencieuse qui glisse entre les tranchées et soudain tout brûlait : les yeux, la peau, la gorge. Nous avons vu des camarades tomber, les yeux brûlés, la peau couverte de cloques, hurlant de douleur. Comment oublier ces cris ?
Pendant que nous affrontons notre enfer ici, un autre se déroule ailleurs, plus lointain mais tout aussi terrible. En avril 1915, dans l’Empire ottoman, des familles arméniennes sont arrachées à leurs maisons. On les sépare, on les déporte, on les pousse sur les routes du désert. Des villages disparaissent, des enfants tombent, des colonnes entières s’effacent sous le soleil brûlant. Un peuple entier se voit condamné parce qu’il est arménien. Ce mot n’existe pas encore, mais plus tard, on dira que c’était un génocide.
Et nous, dans nos tranchées, nous avons l’impression que l’humanité se déchire en mille morceaux, ici et ailleurs. Aux Dardanelles, des milliers d’hommes — Français, Britanniques, Australiens, Néo-Zélandais — se sont jetés sur les plages de Gallipoli. Beaucoup n’en sont jamais revenus. Là-bas aussi, la mer elle-même semblait épuisée de tant porter de morts.
Nous écrivons encore, malgré tout.
Nos lettres parlent de peur, de froid, de faim, mais aussi d’amour, de souvenirs, de l’espoir de revoir les nôtres. Chaque mot est un défi lancé à la mort. Chaque enveloppe qui part emporte un peu de nous — un peu de ce qui résiste encore. 1915 restera pour toujours l’année où la guerre a montré son vrai visage : un visage de fer, de feu, de peur et de silence.
Aujourd’hui, cent dix ans ont passé.
Nous ne sommes plus dans la boue, mais devant un monument.
Ici, au Château-d’Oléron, les noms gravés dans la pierre racontent mieux que nous ce que furent ces années. Ils sont ceux qui ne sont jamais revenus, ceux qui ont disparu quelque part dans les plaines de Champagne, dans les collines d’Artois, ou dans les fumées de 1915.
Ces noms veillent sur nous comme des sentinelles silencieuses.
Ils nous rappellent que la paix n’est jamais acquise.
Ils nous disent que la fraternité de Noël 1914 n’était pas un rêve, mais une vérité possible.
Ils nous rappellent aussi que l’indifférence peut tuer un peuple entier, comme ce fut le cas pour les Arméniens en 1915.
Alors, en ce 11 novembre, nous ne commémorons pas seulement la fin d’une guerre. Nous honorons ceux qui ont tenu bon quand tout s’effondrait.
Nous leur empruntons un peu de leur lumière pour avancer à notre tour.
Et nous faisons vivre leur mémoire, pour que jamais le monde n’oublie ce que 1915 a coûté.
Comme chaque année, le collège a répondu présent pour honorer la mémoire des soldats tombés durant la Grande Guerre, et cette participation des élèves montre à quel point cette transmission de mémoire est essentielle pour les générations futures. Merci à elles pour leur engagement.

