Enquêtes policières au Moyen-Age (2003-2004) publié le 23/09/2009

A-t-on tué Atton ?

Un soir d’hiver rigoureux où la neige tombait en abondance, où l’on n’entendait que le grincement des branches ployant sous le poids de la glace et le croassement lugubre de noirs corbeaux, l’abbé Atton était parti vérifier si personne ne restait sur le chantier du canal des cinq abbés, et en avait profité pour regarder si le travail avait été bien fait.

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Lors de « complies », le prieur, frère Henri, s’inquiéta de l’absence de l’abbé qui n’avait jamais l’habitude de manquer un office. En effet ceci était un impardonnable pêché. Frère Henri, envoya Guillaume pour voir où était passé l’abbé. Guillaume, un homme grand et mince, était mal connu de tous les autres moines. Il avait un côté mystérieux et en même temps, il était sociable. Il avait l’air intelligent et à la fois discret et timide. En chemin il grognait, il marmonnait, il bougonnait : « Pourquoi moi ? pensa t-il. Ce soir j’ai froid, et aller dans la nuit noire chercher Atton, ce n’est pas mon rôle. Mais il vaut mieux que ce soit moi plutôt que ce pauvre frère Omar, qui, sûrement, ne passera pas la semaine. »

Il trébucha sur une pierre. Il ne savait plus où il était. Au bout de quelques pas, il vit enfin le canal des cinq abbés. Il trébucha une seconde fois sur une étrange chose effrayante. Cette fois-ci, il rebroussa chemin en deux temps trois mouvements et il repartit à l’abbaye terrifié et tout tremblant. Il appela le prieur et le supplia de venir avec lui au canal des cinq abbés. Ils partirent tous les deux pour le canal afin d’identifier « la chose » sur laquelle il avait trébuché. En chemin Guillaume grelottait de froid et de peur tout en racontant ce qui lui était arrivé.
« Ah, voilà la « chose » glissante sur le sol ! », s’écria-il.

Le prieur frère Henri s’approcha de la « chose » et l’identifia !
« -Jésus, Marie, Joseph, s’exclama t-il, mais c’est l’abbé Atton ! »
Il était là, sur la neige, tout glacé et le visage couvert d’un sang rougeâtre, épais et figé.
Ils eurent tous deux de très grandes difficultés pour ramener Atton à l’abbaye, sous le vent glacial qui tourbillonnait au dessus d’eux.
Le lendemain matin, jour du bain, le moine convers Angoise avait une attitude étrange qui étonna beaucoup Guillaume. Pourquoi tournait-il la tête à droite, à gauche avec inquiétude ? Pourquoi hésitait-il à se déshabiller ? Intrigué, Guillaume s’avança
« -Pourquoi ne veux-tu pas te déshabiller ? » Questionna Guillaume d’un air surpris.
« -J’ai attrapé un coup de froid. Il serait préférable que je ne prenne pas de bain.
 C’est la seule fois dans l’année, tu pourrais faire un effort. » Résigné Angoise se dévêtit et au moment où Angoise enlevait sa chemise, il découvrit, sur son bras gauche une plaie qu’il essayait de masquer.
« -Que t’est -il arrivé ? » reprit Guillaume.
« -Je suis tombé dans le jardin. » Guillaume n’insista pas .
Après le bain il retourna sur le lieu du malheur. Il remarqua quelques traces de combat : des taches, de sang, des branches cassées et l’empreinte du corps de l’abbé incrustée dans la terre humide. Mille questions embrouillèrent son esprit.
« Que s’est-il passé ici ? À qui appartiennent ces traces de sang ? Un moine est-il responsable d’un meurtre dans notre abbaye ? »
En regardant de plus près, il aperçut un bout de corde sanglante tachée du sang figé. Il revint à l’abbaye, songeant à ce crime effrayant. Oui, un crime ! Il fallait se rendre à l’ évidence : c’était un crime. Il alla montrer à frère Henri ses pièces à conviction.
Puis vint l’heure de la sieste. Frère Nicolas, en s’allongeant pour la sieste, sentit une gêne dans son dos. Intrigué, il souleva sa paillasse et découvrit un bout de corde sanglante. Il rabattit la paillasse rapidement en regardant à droite et à gauche mais personne ne s’aperçut de sa découverte.
Quand la sieste fut finie, Nicolas partit comme si rien ne s’était passé. Guillaume son voisin de lit remarqua un renflement sous la paillasse de frère Nicolas. Discrètement il la souleva et vit de ses propres yeux le bout de corde sanglante. Il ne le dit pas à frère Nicolas et fit son enquête de son côté. Plus tard notre enquêteur alla voir Omar, tellement souffrant qu’il restait allongé dans son lit et ne dormait pratiquement jamais. Il observait derrière ses yeux presque fermés le manège curieux de frère Angoise, qui regardait de droite et de gauche et qui avait l’air sur ses gardes. Guillaume qui en savait d’avantage alla voir le frère prieur, pour lui raconter tout ce qu’il savait.
Frère Henri déclara :
« -Demain matin à la réunion du chapitre nous ferons venir tous les frères convers, le coupable sera probablement parmi eux. Je prendrai mes précautions je laisserai deux moines soldats à l’entrée de la salle, si quelqu’un décide de s’enfuir. » atton 2

Le lendemain matin dans la salle du chapitre, frère Henri parla tout de suite du crime :
« -Vous savez tous, ce qui s’est passé hier ?
Quelqu’un a t-il quelque chose à dire ?
 Oui moi dit Angoise.
Mais, je ne veux dénoncer personne. C’est un pêché !
 Bon, c’est comme tu veux, mais tu laisses un criminel en liberté et tu risques de condamner un innocent. »
Angoise se décida :
« -Je pense que le coupable est frère Nicolas. »
Arriva frère Omar, à bout de force, pour défendre Nicolas :
« -J’ai vu Angoise cacher le bout de corde sanglante sous la paillasse de frère Nicolas pour faire accuser celui-ci. »
Et il s’élança vers la sortie. Les deux moines soldats retinrent Angoise.
Après les explications Omar, le prieur regarda le coupable avec un regard perçant et lui dit :
« -Est-ce vraiment toi qui as commis ce crime terrifiant ? »
Après quelques minutes d’hésitation Angoise déclara :
« -Oui, c’est moi le coupable, dit-il d’une voix presque inaudible.
 Et pourquoi as-tu fait cela ?
 Car j’étais jaloux de l’abbé. J’aurais voulu être élu à la dernière élection.
 Mais au lieu de tuer ce pauvre Atton tu aurais pu attendre les prochaines élections !
 Non, car j’étais trop pressé de devenir abbé ; j’en ai assez d’être un moins que rien.
 Sortez tous, je vais m’entretenir avec Guillaume », ordonna le prieur.
Le frère prieur déclara :
« -Il faut condamner Angoise, la sanction doit être exemplaire. »

trahison

Henri s’exclama :
« -J’ai une idée ! Nous allons demander au seigneur, si il y a un cachot de libre pour ce traître-assassin !
 Oui je suis d’accord mais il nous faut un autre abbé, renchérit Guillaume. Il faudra faire de nouvelles élections. »
Puis il sortirent pour annoncer à Angoise le verdict. »
Quand Angoise sut sa peine il se dit qu’il aurait mieux fait d’attendre les prochaines élections.
Guillaume alla voir le seigneur, qui accepta le coupable dans un de ses cachots. Angoise partit
quelques heures après.
Maintenant la préoccupation de tous les frères était de savoir qui allait devenir abbé.
Quelques jours après, les élections furent organisées
Quand le résultat fut prononcé Guillaume fut surpris d’être élu. Tous les moines le félicitèrent et les années suivantes se passèrent tranquillement dans cette abbaye maintenant paisible.

FIN