Enquêtes policières au Moyen-Age (2003-2004) publié le 23/09/2009

Tu ne tueras point !
Un soir d’hiver glacial, peu avant Vigile, une ombre mystérieuse qui flottait dans la brume épaisse frappa à une gigantesque porte. Un bruit terrifiant résonna sur les pierres endormies de l’Abbaye.
Dans sa cellule étroite et sombre le portier se réveilla en sursaut et poussa un long cri. Umbert,tel était son nom, ouvrit l’huis,un grincement sinistre se fit entendre. Il découvrit la silhouette d’une jeune femme : sa beauté était royale, et son charme envoûtant,mais son visage marqué par la terreur laissait deviner une expression d’inquiétude. Une voix tremblante murmura :

tueras point

« Pourrais-je m’entretenir avec père Otmar ? » Tout en parlant, elle sortit de sa poche un étrange médaillon .
Donnez-lui ce bijou de ma part ! »
Umbert exécuta l’ordre. Quand père Otmar, l’abbé de Nieul fut en possession de cet objet, pris de panique il se précipita vers l’entrée, car Aenor, la mère d’Aliénore l ’avait mis au cou de sa fille à son baptême, et c’était lui, Otmar l’officiant de cette cérémonie. Il ne l’avait pas oublié et avait pour la jeune duchesse, beaucoup d’affection, celle-ci le lui rendait bien. Otmar emmena sa compagne.
« Père Otmar, pouvez-vous cacher ces documents précieux ? (tout en parlant, elle lui montrait les documents). S’il m’arrive quelque chose, dévoilez-les au grand jour.
Vous savez que j’ai confiance en vous ! »S’exclama Aliénor.
La jeune femme quitta l’abbaye toute tremblotante. Peu avant les Laudes Matinales, l’abbé croisa le chambrier dans la salle de la sacristie. Après la prière, Wirardus-Warnérius, tel était son nom, se rendit dans le bureau de père Otmar.
« Vous me demandez Père Otmar ? questionna W.W,(on l’appelait comme ça).
Oui, je voulais vous parler de quelque chose de la plus haute importance. Il s’agit des documents que quelqu’un m’a confiés et je vous les donne pour que vous les mettiez dans le coffre-fort. »
Le chambrier exécuta l’ordre sans rien dire mais en se demandant qui était ce « quelqu’un ». Le lendemain matin, des rumeurs couraient dans l’abbaye. On disait que Louis VII savait que des documents précieux se trouvaient dans le coffre-fort de l’abbaye de Nieul sur l’Autise et que ce roi voulait envoyer un espion pour connaître le contenu des documents.
Quelque temps après nones, un homme aux allures étranges, se présenta pour être novice. L’abbé le reçut avec hésitation et méfiance, mais, la règle de Saint Augustin était claire : toute personne souhaitant s’intégrer à l’abbaye en tant que chanoine devait être acceptée.
Donc ce personnage s’entretint avec le Père.
« je veux seulement être novice.
Jures-tu devant Dieu de faire vœu de chasteté, honnêteté et pauvreté ?
...
Cette hésitation, si courte fut-elle, éveilla les soupçons de l’abbé.
Je te le jure ! Reprit l’inconnu en se ressaisissant.
L’abbé lui annonça qu’il avait deux semaines pour s’adapter à la vie des chanoines. Le lendemain après sexte, un messager de Louis VII rôdait aux alentours des champs de l’abbaye où travaillaient des convers. Il en vit un qui était fragile fatigué pas comme les autres. Les conditions de travail étaient pénibles. Ce moine s’appelait Odulrick. L’homme qui prétendait être le messager du roi Louis VII appela Odulrick et lui demanda une faveur : prendre des documents secrets.
« Vous avez juste à prendre les documents et en récompense, je vous donnerai une somme d’argent !chuchota le messager.
D’accord, mais quelle somme d’argent ?
1000 écus.
Entendu je vous donne rendez-vous à cet endroit même, demain soir, une heure après Vigile.
Le messager partit et le moine continua à travailler. Le soir, Odulrick rentra à l’abbaye. Le lendemain, tous les moines se devaient d’être à la réunion du chapitre . Mais, en tant que moine convers Odulrick n’y était pas. Il profita donc de l’inattention de tous pour se diriger vers l’escalier où se situait le coffre fort. Puis il se cacha dans la pénombre en haut des marches en attendant le retour du chambrier. Il avait l’intention de lui demander sa clef, en secret.
Un peu plus tard,grâce à la pleine lune,on pouvait voir au fond du jardin,deux ombres mystérieuses qui échangeaient des documents. L’une d’elles s’éloignait en tenant une bourse d’écus.
Le lendemain matin, un chanoine découvrit le corps de w w. Son visage était pâle, la tête portait de larges trous. Le malheureux cadavre baignait dans une flaque de sang. L’abbé apprit la mauvaise nouvelle. Devant les événements , Otmar en assuma les conséquences en prenant la responsabilité de débuter immédiatement l’enquête. Celle-ci commença par l’interrogatoire des Augustiniens .Odulrick profita de l’agitation des chanoines du couvent pour se faufiler dans la salle de sacristie où il rejoignit l’abbé en train de songer au meurtre.
« Père, je voudrais vous parler d’une chose qui me tient à cœur.
Je vous en prie mon enfant car de toute manière je vais questionner nos frères.
Je ne désire pas influencer votre jugement mais je n’ai pas entièrement confiance dans le nouveau .
Dieu te protège mon enfant, j’ai foi en toi ». Odulrick sortit de la pièce. Chacun des chanoines alla voir le supérieur de l’abbaye. Celui-ci se rendit à l’évidence : le novice à l’épreuve était soupçonné par les chanoines. Il n’avait pas le choix : père Otmar devait lui infliger un châtiment .
Vous devrez vous rendre au chapitre pour connaître la sentence que les autres moines ont choisie.
Mais, je ne suis pas coupable...
Serait-ce le fait que je suis nouveau ?
 Je ne peux pas prendre de décision seul, nous en reparlerons demain au chapitre !
Puis le Père le fit sortir de la sacristie.
Le jour suivant, vint le moment que tous attendait même le suspect qui espérait être épargné. Juste après Tierce, la réunion débuta.
L’abbé se trouvait à sa place habituelle, l’accusé se tenait ligoté entre les deux piliers face à Père Otmar.
Celui-ci prit la parole :
« Pourquoi accusez-vous cet homme d’avoir occis Wirardus-Warnerius ?
Y-a-t’ il des témoins ? »
Le silence s’abattit sur l’abbaye.
« Oui, moi, intervint le moine convers Odulrick, j’ai tout vu,...
Vous ! Pourquoi ne pas me l’avoir dit avant ?
J’avais trop peur...
Exprimez-vous !
J’ai surpris cet homme,(tout en parlant, il le désignait du doigt) en train de regarder bizarrement notre chambrier.
Les chanoines se manifestèrent bruyamment et ce furent moult déclarations embrouillées et variées : l’un l’avait vu en train de discuter avec W.W, l’autre le surprenait qui versait un liquide dans son verre. Bien sûr, l’accusé niait ces révélations, il se défendait comme il le pouvait mais c’était presque impossible.
« Si ce que disent les Augustiniens est vrai, vous avez enfreint l’un des Dix Commandements qui dit que tu ne tueras point ton prochain.

Je ne veux pas mourir ! Je n’ai rien fait ! Je le jure sur Dieu, qu’il me protège ! Reprit l’accusé pour se défendre. Quand il parlait, il suait et surtout il était effrayé.
Terriblement abattu, voyant qu’il lui était impossible de se défendre, le novice abandonna... peut-être était-il vraiment coupable ???
EPILOGUE

« J’ai vécu trente ans dans la souffrance et la douleur. J’ai fait condamner un innocent à ma place. Il est mort dans un cachot infâme. Cet acte me hante jour après jour, nuit après nuit, je ne fais qu’y penser. Aujourd’hui, je vais mourir de la fièvre et c’est pour cela que je me confesse, je me doute que ce pêché est impardonnable, j’ai peu de chance d’aller au Paradis. J’avoue que c’est moi qui ai occis Wirardus-Warnerius, Après avoir été contacté par un messager du roi Louis VII, il me fallait récupérer la clef du chambrier. J’ai profité de la réunion du chapitre pour me cacher en haut de l’escalier. W-W arriva, je lui ai lancé une pierre très pointue et il s’écroula. Puis je m’avançai vers lui pour l’achever avec mon couteau caché dans ma coule. J’ai pris les clés du coffre sur le mort et l’ouvris. Le soir venu, je remis les documents au messager qui m’attendait. Je n’ai jamais su ce que contenait ces documents.
Que Dieu essaie de me PARDONNER.

Odulrick

FIN