Entretien de la classe de 4ème B avec l’écrivain Johan Heliot

publié le 01/09/2010,
par  Alain Brossard

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"Ados sous contrôle" est un livre passionnant ! C’est la conclusion à laquelle sont arrivés les élèves de 4ème B après la lecture de ce roman de Johan Heliot, écrivain de littérature jeunesse qui s’est plongé dans un univers de science-fiction où des camps de redressement imposent leur loi à des jeunes en souffrance. Par mail interposé, la classe s’est entretenue avec l’auteur pour comprendre pourquoi il avait écrit ce livre, quelle vision il avait de l’éducation et de la technologie dans le futur et quel regard il portait sur la jeunesse d’aujourd’hui.

Pourquoi avez-vous choisi ce thème qui est sur les ados et les camps de rééducation ? Comment cette idée vous est-elle venue ?

En lisant le magazine Rolling Stones, il y a près de cinq ans, j’ai découvert l’existence des camps de rééducation aux Etats-Unis. Une jeune fille de quinze ans était hélas décédée après avoir été forcée à une marche dans le désert. Son cœur avait lâché. Ses parents ont porté plainte, il y a eu une enquête, et un journaliste a découvert ce qui se tramait dans ce genre de camps – les sévices infligés aux ados. Son enquête a révélé l’existence de centaines de camps sur tout le territoire des Etats-Unis et dans les pays proches…

Où avez-vous trouvé le thème de votre histoire ? Qu’est-ce qui vous a inspiré ?

L’article m’a donné le thème du roman, mais il a ensuite fallu que je construise une histoire, c’est-à-dire que je crée des personnages, un décors, des situations dramatiques…

Pourquoi avoir placé l’histoire dans le futur ? Pourquoi écrivez-vous de la science fiction ?

C’est un futur assez proche, sans date précise, une époque juste un peu plus avancée techniquement que la nôtre – on ne sait pas encore manipuler les émotions des gens, mais qui sait ? Ça viendra peut-être assez vite ! Ce que j’aime avec la science-fiction, c’est qu’elle permet de repousser toutes les limites de l’imagination et d’inventer n’importe quel genre de société, d’environnement, etc. Elle est la seule littérature à ne s’imposer aucun cadre, à permettre une totale liberté.

Avez-vous écrit d’autres livres sur ce thème ?

Pas sur le thème des camps pour ados, non. Mais j’ai écrit une suite à ce roman, dans laquelle on retrouve Lou, Erwan et les autres, quelques années plus tard, parce que je me suis attaché à eux. Ça s’appelle Secret ADN, et le thème est dans le titre !

D’où vous est venue l’idée qu’on puisse contrôler le cerveau des gens, par exemple comme la machine qui contrôle les APO ?

Comme souvent dans un récit de science-fiction, et contrairement à ce qu’on peut penser, je suis parti de la réalité ! J’ai découvert sur le Net le site d’une université au Québec, où un scientifique spécialisé dans les neurosciences (tout ce qui touche au fonctionnement du cerveau) a mis au point un moyen de contrôler les émotions primaires d’un rat – il peut par exemple le rendre agressif ou au contraire le calmer. Or il n’y a pas tant de différences que ça entre un cerveau de rat et celui d’un être humain (bon, d’accord, le nôtre est un peu plus compliqué quand même, on éprouve plein de sentiments que le rat ne connaît pas !)… En anticipant un peu (ce qui est le rôle de l’auteur de SF), je suis passé à la zapette à émotions des APO.

Voulez-vous dénoncer quelque chose avec ce livre, ou est-ce seulement une œuvre de fiction ? Est-ce que vous vous considérez comme un écrivain engagé ?

Pas vraiment dénoncer, mais mettre en garde, alerter, oui. C’est d’ailleurs le propre de toute histoire de science-fiction, dans les livres comme au cinéma : distraire tout en pointant du doigt un problème de société qui risque de déraper dans le futur. La question que je me suis posée avant de commencer est la suivante : jusqu’où sommes nous prêts à aller pour vivre dans un monde sécurisé ? Aujourd’hui, on place des caméras un peu partout, on fiche les gens, on va bientôt interdire aux plus jeunes de circuler le soir (un couvre-feu, comme en temps de guerre !), et après ? Si tout ça ne fonctionne pas (parce que le risque zéro n’existe malheureusement pas), que fera-t-on après ? Posez-vous la question : qu’êtes-vous prêts à accepter, vous-mêmes, pour votre propre sécurité ?…

Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce livre ?

Entre l’idée de départ, la construction de l’histoire et sa rédaction, environ trois mois.

Quels auteurs vous ont influencé ?

Pour ce livre, aucun en particulier, mais de manière générale, je peux citer pas mal d’auteurs de SF ou de fantastique, comme Stephen King, Clive Barker, Neil Gaiman, Tim Powers… et aussi beaucoup d’auteurs de polar et thriller, comme Joe Lansdale, Donald Westlake, Stephen Hunter… Chez les français, j’aime beaucoup Jean Amila / Meckert (il a écrit sous les deux noms, des polars surtout). Et de plus en plus, je lis et j’apprécie les auteurs jeunesse, comme Fabrice Colin (si vous ne le connaissez pas encore, précipitez-vous !) ou Laura Gallego Garcia, tout récemment…

Qu’avez-vous voulu faire passer au lecteur ?

Principalement, ceci : passe un bon moment pendant deux heures et oublie le reste du monde ! Si ça a marché, je suis content, contrat rempli ! En plus, voir trois questions plus haut…

Allez-vous créer une suite à ce livre ?

Elle s’appelle Secret ADN, même éditeur, mais ce n’est pas une suite directe, on retrouve les personnages quelques années plus tard.

Avez-vous déjà été dans un camp de rééducation ?

Non (heureusement pour moi !). Mais j’ai vu deux excellents documentaires, disponibles sur le Net je crois, encore : Tranquility Bay et un autre dont j’ai oublié le nom, mais qui est passé dans Envoyé Spécial sur France 2, et qui montrent comment ça se passe à l’intérieur de ces camps… De quoi frissonner !

Avez-vous déjà été en contact dans votre vie avec des ados qui ont des difficultés, qui boivent, fument ? En avez-vous rencontrés ?

Indirectement, quand j’étais prof, oui. J’ai enseigné dans un lycée professionnel (le français et l’histoire-géo), et certains élèves étaient… difficiles, comme on dit parfois ! Leurs parcours de vie n’avaient pas été drôles, pas du tout… Néanmoins, ils avaient la chance d’être aidés par divers services spécialisés qui n’avaient rien à avoir avec les camps de rééducation. Certains vivaient dans un centre, ils avaient été retirés de chez leurs parents par un juge. Mais ils étaient bien entourés, suivaient des cours, etc. Personne ne cherchait à les « contrôler », juste à ne pas les abandonner sur le bas-côté. Bien sûr, ça ne marche pas toujours et il est parfois difficile d’éviter que certains « dérapent ». Il n’y a hélas pas de recette miracle…

Avez-vous été aidé par des spécialistes de ces thèmes (rééducation, ados difficiles) pour écrire ce livre ?

Non, je me suis documenté sur certains aspects, et j’ai imaginé tout le reste !

Pourquoi avoir créé comme héroïne une jeune fille, comme cela (qui boit, fume...) ?

Je voulais le point de vue d’une ado (ne m’en voulez pas, mais on trouve plus de filles dans ces camps que de garçons !) simplement rebelle, pas une délinquante, qui pourrait être n’importe quelle jeune fille d’aujourd’hui (toutes font quand même des bêtises un jour ou l’autre, pas vrai), avec pas mal de caractère cependant. Et puis je voulais rendre une sorte d’hommage à la jeune fille décédée dans le désert, dont je parle dans ma première réponse.

Pourquoi avez-vous créé Erwan comme un personnage renfermé sur lui-même ?

Je voulais que Lou soit associée à son contraire : un garçon vraiment perturbé, lui, mais tout autant victime du camp qu’elle. Je me suis inspiré de quelques portraits aperçus dans les documentaires que j’ai cités plus haut. Certains garçons sont ressortis de ces camps beaucoup plus mal en point et renfermés qu’ils l’étaient avant d’y entrer !

Pourquoi avez-vous choisi Thomas pour devenir un APO ?

Très franchement, je ne me rappelle plus comment ce choix s’est opéré ! J’ai écrit ce livre il y a presque cinq ans…

Pourquoi faites-vous mourir un personnage (Samia), dans l’histoire ?

Parce que dans la réalité, c’est hélas arrivé. Il y a eu plusieurs drames de ce genre, dans différents camps…

Pourquoi, dans l’histoire, le père d’Erwan ne se manifeste-t-il pas avant ? Pourquoi le faites-vous entrer si tard dans l’histoire ?

Le roman est construit en deux parties, dans le camp d’abord, puis à l’extérieur. Dans la première partie, je voulais me concentrer sur les ados et leurs mentors, parce que les jeunes doivent se débrouiller seuls à l’intérieur – comme dans la réalité.

Qu’est-ce qui vous est venu en premier : les personnages ou l’histoire ?

Quelques personnages d’abord : Lou, Erwan, leur mentor… Puis, les événements s’enchaînant, d’autres sont apparus en cours de route, en particulier la famille d’Erwan.

Quel personnage seriez-vous dans l’histoire si vous deviez choisir ?

Je pense que je serais plus proche de Muna (question d’âge, sans doute), même si je ne suis pas motard et que je mange (un peu) mieux que lui !


Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionne le KoM ?

Imagine une feuille de papier qu’on plie au fond d’une poche, et qui serait un écran d’ordinateur associé à un portable avec toutes les fonctions possibles. Je pense qu’on en verra bientôt, ou du moins des appareils semblables : ultra léger, pas du tout encombrants, et plus puissants que nos ordinateurs actuels. Des super iphones, en quelque sorte…

Pouvez-vous expliquer ce que sont les zones in et out ?

Simplement ma vision futuriste d’une autre réalité d’aujourd’hui : des centres-villes où vit une population plutôt aisée, et des banlieues sous-équipées en infrastructures où sont relégués les plus pauvres. Si on pousse cette logique un peu plus loin, on obtient les zone in, où tout est accessible facilement, et les zone out, où on ne fait que survivre.


Pensez-vous que nous irons vers cette société et cette organisation de camp de redressement avec des puces, des contrôles des cerveaux, etc...?

Comme tout roman de SF, le mien ne décrit pas l’avenir. Mais il met en évidence certaines dérives possibles, si on ne fait pas attention aujourd’hui et maintenant… Donc, non, je ne pense pas qu’on ira jusqu’aux puces de contrôle des cerveaux, mais on doit absolument demeurer vigilant pour éviter d’autres formes de contrôle plus subtiles !

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