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Conférence de Madame Catherine Alès sur les Yanomamis du Venezuela publié le 01/12/2015

Le vendredi 27 novembre 2015, de 14h à 16h, le Colegio Francia avait l’honneur de recevoir Catherine Alès, ethnologue et directrice de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Mme Alès, élève du célèbre anthropologue français Claude Lévi-Strauss, vient depuis 1975 au Venezuela sur le terrain pour étudier les Yanomamis ; elle a appris leur langue et a réussi à tisser des liens durables avec cette communauté.
Notre conférencière est déjà venue il y deux ans au Lycée français de Caracas parler des Yanomamis et présenter le métier d’ethnologue et les études d’anthropologie. Une anecdote : suite à son intervention, un élève du Colegio Francia a entrepris des études d’ethnologie à l’Université de Lyon ! Tout en projetant des photos (qu’elle a prises elle-même) de ses dernières expéditions, Mme Alès a présenté des traits saillants du mode vie des Yanomamis et répondu aux nombreuses questions que les élèves ont posées tout au long de la conférence.
Mme Alès nous a d’abord parlé du reafu, une fête cérémonielle funéraire. En hommage à un mort, les habitants du village se baignent dans la rivière, se peignent (dessins en forme de spirales), se mettent des plumes (queues de ara rouges) et du duvet d’aigle sur la tête, et ornent leur visage de parures nasales (perforation). Ce rite est organisé par ordre d’âge, on commence par les enfants et on continue par les adultes. A l’occasion, des adultes se déguisent pour faire peur. Le reafu est à la base un don de nourriture, destiné notamment aux autres villages. Les hommes partent à la chasse une semaine à l’avance et ensuite on fait boucaner la viande pour la conserver. Le don en nourriture justifie la fête et lui donne son nom. A l’occasion de cette fête, un long dialogue se déroule toute la nuit entre un hôte et un visiteur d’un autre village Yanomami : c’est une sorte de règlement de compte où l’on évoque les points de discorde entre villages, les accusations de vol, de sorcellerie.
Mme Alès a ensuite évoqué le rôle des chamans chez les Yanomamis. Le chaman n’est pas un sorcier, c’est celui qui s’occupe des relations avec les esprits, en quelque sorte l’intellectuel du village. C’est aussi un guérisseur, il préserve les enfants, il s’occupe du bien-être du groupe. Tout le monde assiste aux séances de chamanisme. Pour communiquer avec les esprits, le chaman utilise le yopo, poudre hallucinogène et aussi nom de l’arbre dont les fruits permettent de fabriquer cette poudre. Nourriture de l’esprit, c’est une drogue puissante utilisée essentiellement à des fins cérémonielles. Etre chaman n’est pas héréditaire ; devient chaman quelqu’un qui a des dispositions à recevoir les esprits. L’initiation chamanique est très longue, on devient un chaman confirmé vers 45 ans.
Qu’en est-il de la cosmovision Yanomami ? Leur conception du monde est construite à partir des esprits. Pour eux, il n’y a pas de Dieu, mais des esprits, des entités invisibles. Ils ont peur que le ciel leur tombe sur la tête… comme nos ancêtres les Gaulois. Ils ont une vision intentionnelle de la maladie : toute maladie a été provoquée par quelqu’un, par la sorcellerie. La guérison incombe au chaman plus qu’à la pharmacopée. Il y a des guerres de vendetta pour venger un mort précédent, selon le principe : un mort contre un mort. Des raids de sorcellerie sont parfois observés.
Sur le plan démographique, nous avons appris qu’après avoir connu une baisse de population jusqu’aux années 1970, la population Yanomami a doublé dans les 40 dernières années. L’espérance de vie des Yanomamis a augmenté, elle est dans la moyenne du Venezuela.
Enfin, les rapports entre les Yanomamis et le reste du pays ont été évoqués. Dans la Constitution du Venezuela, 16 articles garantissent les droits indigènes. Lors d’un procès par exemple, un indigène peut bénéficier d’un procès dans sa propre langue, et a droit à un traducteur. Cependant, on observe une divergence manifeste entre la reconnaissance officielle des droits indigènes et une assimilation de fait (notamment à travers la cédula dans laquelle le nom est le plus souvent espagnol)
Organisée par M. Hermet, professeur de Sciences économiques et sociales, cette conférence s’est déroulée à la salle polyvalente, en français, devant une vingtaine d’élèves de l’APP Ambassadeurs en herbe et des professeurs intéressés par le sujet. Tous nos remerciements à Mme Ales pour avoir bien voulu partager avec les élèves du Colegio Francia une nouvelle fois ses vastes connaissances, qui leurs seront bien utiles pour la finale du 22 janvier 2016.